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L'eau comme force motrice

L’industrie sidérurgique au bois, en plus de dépendre de la forêt pour l’approvisionnement en   combustible, s’appuyait sur la force hydraulique fournie par les cours d’eau pour actionner les machines impliquées dans les opérations métallurgiques. 

Cliquez pour agrandir le plan de la cantine en 1812 : 70 S 121, AD24

Cliquez pour agrandir le plan de la cantine en 1866 : 7 S 84, AD 24
La localisation de la cantine, tirée du cadastre napoléonien, est reportée sur les plans de 1812 et 1866 pour faciliter la compréhension des transformations affectant les infrastructures hydrauliques. Sur le plan de 1866 figurent l’ancien barrage à chevron de 1812 et le barrage courbe édifié en 1864. Les travaux s’achèveront par le comblement du « canal d’arrivée » et le creusement du nouveau bief jusqu’au canal de la soufflerie © plan 1812 : 70 S 121, AD24 ; plan 1866 : 7 S 84, AD 24

Aménagements sur l’Auvézère

Malgré les aménagements réguliers et les améliorations techniques apportées au barrage, bief et canaux, l’énergie fournie par l’Auvézère à la forge de Savignac-Lédrier variait en fonction des saisons. En période de basses eaux, de mai à septembre, l’usine chômait. La production se concentrait sur la période des hautes eaux qui, en moyenne, s’étendait d’octobre à avril. Ce rythme de production, commandé par le régime de la rivière, s’harmonisait avec celui du travail de la terre. Paysans l’été, ouvriers l’hiver, la population rurale trouvait dans la petite industrie sidérurgique un complément à son activité agricole.
Le barrage actuel édifié en 1865 vint remplacer l’ancien ouvrage à chevron, dont l’existence est attestée par un ancien plan datant  de 1812. Pour parachever la modernisation des installations, l’ancien canal d’amenée d’eau longeant la cantine fut comblé. Un nouveau bief fut creusé à son emplacement actuel. Il dessert les canaux de la soufflerie du haut-fourneau, du marteau à drome de l’affinerie des turbines de la tréfilerie.

Le cours capricieux et torrentiel de l’Auvézère se traduisait parfois par des inondations. Voilà pourquoi le rez-de-chaussée de la cantine était rehaussé : deux escaliers extérieurs permettaient d’accéder aux logements, à l’abri de la montée des eaux due au débordement du bief, lequel longeait la façade jusqu’à ce que les travaux de 1865 modifient la configuration des infrastructures hydrauliques.

Cliquez pour agrandir la photo de la forge vers 1890-1900 © Fonds Combescot, série 47FI, AD24
Forge vue de la rive gauche de l’Auvézère, vers 1890-1900 © Fonds Combescot, série 47FI, AD24

Les barrages en un coup d’œil

Le site de la forge est installé en fond de vallée, sur la rive droite de l’Auvézère.
Les terres en amont de l’entrée actuelle du site sont appelées « les prades », ce qui en occitan signifie  « terrains humides ». Ces prés appartenaient aux maîtres de forges de Savignac-Lédrier.

Cliquez pour agrandir la photo de la scène de fenaison © Fonds Combescot-Salats, série 48FI, AD24
Scène de fenaison aux « Prades » à Savignac-Lédrier : ouvriers agricoles autour de deux charettes de foin, 10 juillet 1891 © Fonds Combescot-Salats, série 48FI, AD24
Cliquez pour agrandir la photo du vieux pont vers 1890-1900 © Fonds Combescot-Salats, série 48FI, AD24
Le vieux pont en ruine en aval de la forge de Savignac-Lédrier, vers 1890-1900 © Fonds Combescot-Salats, série 48FI, AD24

L’accès au site date de la construction du pont, en 1872. Auparavant, l’arrivée sur la forge se faisait par le côté opposé, comme en témoignent les vestiges des anciennes piles du pont qui, au-delà de la forge, assurait la liaison entre le bourg de Savignac-Lédrier et celui de Payzac. Actuellement, le cheminement sur le site emprunte, à mi- parcours, le tracé du bief dont le comblement fut commandé par l’aménagement du barrage courbe, en 1865. L’emplacement de l’ancien barrage à chevron se situe à proximité d’un amas rocheux, en bordure de la rive droite.

La forge proprement dite, c'est-à-dire l’espace de production au sens strict, est implantée entre le bief et la rivière. Cet espace a été gagné pour une part sur la rivière lorsque, à la fin du 19ème siècle, les maîtres de forges ont introduit de nouveaux équipements sur le site.

Système hydraulique, roues et turbines

L’aménagement du cours d’eau repose sur le système de la dérivation.
Le barrage installé en amont de la forge dérivait vers le bief et les canaux l’eau dont l’usine avait besoin. Le profil du bief moins accusé que celui de la rivière crée une chute d’environ deux mètres qui entraîne les moteurs hydrauliques équipant les canaux. Le réseau des canaux formait la trame d’implantation des bâtiments de la forge. Ils passaient sous les constructions avant de rejoindre la rivière. 

Cliquez pour agrandir la photo des barrage, bief et canaux © phot. : Alain Devise, 2003 ; CD24
Barrage, bief et canaux vus depuis le château © phot. : Alain Devise, 2003 ; CD24
Cliquez pour agrandir la photo d'une roue hydraulique © phot. : Philippe Lair, 1980 ; AD24
Roue hydraulique avec train d’engrenage de la soufflerie du haut-fourneau © phot. : Philippe Lair, 1980 ; AD24

Toutes les roues hydrauliques de Savignac étaient des roues à augets, dont la mise en mouvement était assurée par le poids de l’eau. Celles du bocard et du marteau à drome étaient alimentées par en haut, alors que celle de la soufflerie recevait l’eau par côté. La roue de la machine soufflante était monumentale, à trois flasques en fonte et à double rangée d’augets. 

Cliquez pour agrandir la photo de la turbine Schabaver © phot. : Philippe Lair, 1980 ; AD24
Turbine Schabaver © phot. : Philippe Lair, 1980 ; AD24

La turbine hydraulique est un perfectionnement de la roue hydraulique : cette roue horizontale est entièrement immergée dans une cuve (chambre). La forge de Savignac a été équipée d’une turbine de 20CV en 1885 pour entraîner les machines de l’atelier de tréfilerie.

Cliquez pour agrandir la photo de la turbine « Francis » © phot. : Philippe Lair, 1980 ; AD24
Turbine « Francis » © phot. : Philippe Lair, 1980 ; AD24

Puis en 1920 d’une seconde turbine de marque « Francis » d’une puissance de 50CV pour produire de l’électricité domestique. Elle alimentait la forge, le château et le bourg de Savignac-Lévrier, qui fut l’un des premiers du département à bénéficier d’un éclairage en courant continu. 

Force de l’eau pour plus de chaleur

La sidérurgie indirecte au charbon de bois se développa en Périgord à partir de la fin du 15ème début du 16ème siècle. Fondée sur l’emploi du haut-fourneau, elle recourait à l’énergie hydraulique pour actionner de puissantes machines soufflantes. L’implantation des usines à fer à proximité des cours d’eau était liée à cette contrainte technique. Au milieu du 19ème, l’utilisation de l’énergie vapeur produite dans des chaudières chauffées au charbon de terre introduira une nouvelle distribution géographique des usines sidérurgiques. Elles se concentreront à proximité des grands bassins houillers qui fournissent à la fois le combustible et l’énergie répondant à leurs besoins. Une nouvelle ère industrielle se dessinera, celle de l’industrie lourde localisée sur le centre, l’est et le nord de la France. La forge de Savignac-Lédrier, comme les autres forges du Périgord, ne résistera pas à ce changement même si elle se maintiendra en activité jusqu’au milieu du 20ème siècle en conservant un rythme saisonnier de production et une main d’œuvre mi-ouvrière mi-paysanne.